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 Couture & Mercerie - V. Иojnitsov

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MessageSujet: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Dim 16 Déc 2012 - 17:12

"Couture & Mercerie - V. Иojnitsov"

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Du lundi au vendredi de 10h à 19h, le samedi de 12h à 17h

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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Dim 10 Fév 2013 - 3:44

Dragomira VolochineLe jour était clair et le soleil assez pâle, la rue, elle, restait assez peu fréquentée. Peut-être était-ce un lundi, peut-être était-ce le froid, peut-être n'était-ce qu'un hasard des convulsions des foules humaines ; Dragomira n'en savait rien et ne s'en inquiétait pas. C'était peut-être midi, peut-être avant, sûrement un peu après, ce n'était pas exactement important. Le pas lent et appliqué, les joues rosies par le froid et les restes de sa soirée, elle n'avait voulu que s'écarter du bruit de ses congénères et cette rue moins chargée l'avait séduite de son envolée de pavés libres et encore brillants d'une petite averse récente. Les yeux presque clos, l'âme presque absente, elle berçait une très vague nausée derrière un sourire tout aussi sincère que bizarre. N'ayant pourtant rien mangé depuis des jours entiers, elle avait bu plus que sa part la nuit passée, et elle était encore ivre alors que le soleil s'était levé depuis une belle grappe d'heures déjà.

Depuis quand elle était arrivée dans cette ville, elle ne le savait pas trop, tout ce qu'elle concevait à cette heure là était qu'elle y resterait sans aucun doute, qu'il faisait assez froid et qu'elle n'avait pas eu la moindre envie de stagner dans la chambre d'hôtel qu'elle avait pris comme logis depuis son arrivée. Elle y avait été déposée par le hasard bien plus qu'elle ne l'avait choisi et en changerait sans aucun doute bientôt, toutefois son regard flou et tronqué ne se promenait par sur les façades que sa promenade croisait pour en déchiffrer les enseignes, elle ne faisait que s'imprégner des formes vagues qu'elle devinait et réinterprétait au fil d'une imagination qui ne se graverait pas autrement en elle que comme l'impression d'un rêve passant, un fragment d'ambiance : elle amadouait la ville et s'accoutumait à ses couleurs et à ses sons. Pas à ses odeurs, pas encore, celui de son parfum était trop présent. Au sortir du bar, elle avait rejoint sa chambre, s'était baignée, peignée, ointe de ses essences habituelles mais, au moment de se coucher, un certain dégoût l'avait prise et, plutôt que de regarder le plafond tanguer, elle avait pris le parti de se vêtir et de se jeter dans le courant d'une journée banale, tantôt suivant les hommes, tantôt les fuyant. Pourtant, au milieu de son état si flottant qu'il était presque noyé au milieu d'un lac d'impression, son œil accrocha quelque chose, ses paupières s'ouvrirent plus grand et son pas cessa de battre le pavé. Elle était face à une petite vitrine, et derrière le verre, une robe l'avait appelée.

Elle pencha la tête de côté comme un oiseau intrigué, avant de s'approcher sans précipitation, mais sans hésitation aucune, vers le sujet de son intrigue, allant presqu'à laisser les petites mèches folles de son front frôler le verre froid. La robe était d'un blanc pâle, rehaussé de ganses d'un vert profond, de touches d'un autre plus tendre, formant un ensemble charmant et virginal qui ne lui plaisait pas dans la peinture, mais qui la ravissait dans la forme : elle eut été carmine ou nocturne qu'elle en aurait presque embrassé la manche. C'était beau, bien qu'étranger à ses goûts – pour la dragonne, la virginité ne pouvait s'insinuer qu'au travers l'ironie mordante du rouge, et le vert était une couleur qu'en tant que fleur de bitume elle n'avait que très rarement portée – toutefois, alors qu'elle était restée en contemplation de la création un temps indéfini, elle s'aperçut que cette robe n'était pas dépourvue de frères en costumes et de sœurs en jupons ; elle sourit comme une enfant, couvant l'avidité d'une harpie. Elle cilla avec une moue presque agacée juste après, alors qu'il lui fallait se détacher de cette vitrine qui ne voulait pas s'effacer d'au devant d'elle pour la laisser marcher au travers des tissus agencés ; elle alla vers la porte, levant le nez vers l'enseigne : une boutique, pas un musée. Elle darda un regard d'abord de pure forme vers le nom affiché, tiqua, le reprit, reconnu le lettrage et la consonance. Vaincue, enthousiaste, elle relut une troisième fois et posa sa main sur l'huis, qui se laissa franchir. Elle passa sa langue furtivement sur ses lèvres, la dégourdissant d'années américaines pour souffler une fois le battant refermé derrière elle.

    « Здра́вствуйте*. »

Elle porta lentement, mais sans attendre, les mains à son manteau de soie et de lin qui lui paraissait, malgré son élégance, hors de propos au milieu des parures raffinées, venue d'un siècle passé qui imposait ici sa présence. Il eut été d'usage de se mettre à nu devant les couturiers qu'elle l'aurait fait sans mal mais, malgré toute la brume qui engourdissait encore son âme, elle n'en était pas à se dépouiller de tout – a se laisser convaincre d'un essayage, voire de cent, c'était par contre presque acquis. Son regard traînant et amoureux en disait bien plus long qu'une banale flatterie sur les dentelles qui la cernaient.


    * : « Bonjour. » Pour plus de facilité de lecture et eut égard à la langue du forum, il faudra considérer les paroles futures en italique comme prononcées en russe, celles restant droites étant en anglais.
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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Jeu 14 Fév 2013 - 23:06

Vladimir NojnitsovDieu m'ait en pitié, je ne l'ai pas voulu. Si j'ai tué cet enfant, c'est bien sous ma forme animale, et donc inconscient de mon péché. Ne le sais-tu donc point, Seigneur, que mon âme est en proie au tourment? Qu'une part de moi-même n'est pas réceptive à ton message d'amour et de paix? Si seulement! Si seulement je pouvais prévoir mes crises, me confier à quelqu'un… Mais non, je suis seul, seul face à mes peines. Pas de joie pour le vieil homme que je suis. La vie est mauvaise en moi, Seigneur, reprends ton don. Aussitôt après avoir commis mon abominable méfait, ma nature humaine a repris le dessus. J'ai couru derrière ma boutique, et suis entré par le vasistas, que j'avais laissé ouvert en sortant. Sitôt à l'intérieur, je me suis lavé du sang que j'avais versé, puis me suis prosterné nu devant l'icône de Jésus Christ. Cent génuflexions, autant de prosternations. Mon front porte encore un cal. Je me suis endormi à même le sol, épuisé tant moralement que physiquement.

Ma nuit fut épouvantable. Je me suis réveillé en sueur, étalé sur le plancher, une écharde dans l'épaule droite. Après une courte prière, je suis parti me laver. J'ai également retiré l'écharde de mon épaule, puis désinfecté mes plaies. Enfin, j'ai prié pour l'âme de chacune de mes victimes. Chaque jour, j'ai honte de me l'avouer, cette prière est plus longue. Dieu, pardonne moi, je t'en prie. Ou plutôt non, ne me pardonnes pas! Cela serait contre-nature. Je mérite pour mes actes de me consumer lentement aux pieds de Lucifer. J'ai passé, la prière terminée, un costume sobre et élégant, que j'ai complété d'un lourd manteau à brandebourgs: la boutique n'a pas eu le temps de se réchauffer, le vasistas est resté ouvert toute la nuit. Assis sur le massif fauteuil de chêne qui surplombe ma boutique, je somnolais en méditant les douloureux évènements de la nuit passée et en caressant distraitement un pan d'étoffe neuve.

Ma rêverie fut interrompue par l'arrivée inopinée d'un client —d'une cliente, plutôt. Jeune. Une trentaine d'années à vue d'oeil, peut être même moins. Pâle de peau. Presque automatiquement, je pris ses mesures. En hauteur, un peu plus d'un mètre soixante (pour m'aider dans cette tâche de mesure, je triche un peu, et ai fixé un mètre gradué le long du montant de la porte). Une poitrine large, des hanches généreuses pour son gabarit, mais un taille de guêpe. Etonnante nature, qui façonne des êtres si différents. Ainsi l'a voulu le Seigneur. Elle était vêtue d'un long manteau léger et soyeux, dont la coupe, quoiqu'élégante, dépareillait totalement avec celle de mes créations. Ses yeux pâles et bleus se fixèrent sur ma personne, impersonnels, détaillant le contenu de la pièce sans le voir véritablement.

"Здра́вствуйте."

Elle avait articulé soigneusement le mot, comme si elle avait perdu l'habitude de le prononcer, mais il était clair qu'il sortait du coeur. Ce simple mot, sorti de ces lèvres chastes et innocentes, contenant tout ce que ma langue natale avait de chantant, réconforta mon âme et mon esprit. Je me redressais sur mon fauteuil, et la détaillais plus profondément du regard. Ce faisant, je répondis à son salut.

"Bonjour à vous également. Vous désirez regarder mes créations, ou souhaitez-vous vous soumettre à une séance de mesures?"

La langue coulait de ma bouche comme du miel. Dieu, que ce moment m'était agréable. Il était sans doute difficile de soupçonner que quelques heures auparavant, je déchiquetais de mes crocs un jeune garçon… Oui, ma visiteuse était manifestement slave, et cela était évident, maintenant. Vue de l'étranger, sa patrie est toujours plus belle qu'elle ne l'est en réalité. Cette jeune femme m'apportait un peu de fraicheur russe, je lui en étais reconnaissant. Mais… Si jeune qu'elle était, elle était sans doute née sous le régime soviétique… Peut-être même était-elle socialiste. Dieu l'en préserve à jamais, elle et tout son entourage. Je crachais —mentalement— par dessus mon épaule droite, comme pour conjurer le démon.

[Les dialogues en italique sont prononcés en russe.]
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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Lun 25 Fév 2013 - 0:33

Dragomira VolochineLe manteau glissa sur ses épaules avec un murmure ténu, très lent, à peine audible ; elle le laissa glisser le long de ses bras, jusqu'à ses mains qui ne le retinrent que de justesse, pour finalement le jeter d'un mouvement ample et pensif sur un bras qu'elle replia sous son menton, frôlant de ses doigts ses lèvres entrouvertes. Il y avait sans doute la saveur ajoutée du passé comme de la découverte – en sus des vapeurs éthérées des vestiges de l'alcool dont elle avait abusé plus tôt – mais les merveilles étalées ne seraient pas citrouilles une fois minuit passé, elle en était certaine : l'atelier de couture était de qualité. Et de qualité russe, s'il vous plaît. La part sanguine en elle s'en trouva contentée, et il lui sembla sentir un bref instant l'odeur de la barbe de son grand père, sans pouvoir définir quel vent ou quelle pensée la lui avait portée au nez. Elle cilla encore, revint sur cet homme qu'elle avait vu, mais sans le regarder vraiment. Cette fois, elle le détailla – à sa façon, c'est à dire sans sembler vraiment le faire, jamais sans accrocher à un détail, fusse-t-il aussi choquant qu'une mutilation ou aussi mineur qu'un revers de veste fait de velours plutôt que de coton. A l'instar de sa boutique, il semblait venir d'un autre temps, fragment d'une Mère Patrie qui avait été d'or avant d'être de béton. Mais, au moins, avait-elle toujours été fière et farouche, mordante, douce-amère. Un modèle de femme, dans son esprit. Elle hocha la tête, reprenant une mélodie dans son phrasé qui lui revenait avec un naturel rouillé, mais vibrant, comme s'il n'attendait que cette occasion pour resurgir. Elle parlait parfois russe avec son oncle, oui, mais l'anglais pratique, aisé et omniprésent avait fini par s'imposer. Elle se surprit à découvrir que sa langue natale lui avait manqué.

    « Je vais regarder encore, mais je suis certaine de vouloir une de vos œuvres. »

Le prix était une question trop pragmatique et trop vulgaire pour son état d'esprit, et l'argent n'était pas un problème pour l'heure. Il finirait par le devenir, sans doute, à moins d'aller prier son grand-père d'avoir une largesse envers elle, ce qui signifierait une longue explication à propos du destin de son fils favori et de sa petite fille chérie. Plus tard, elle aviserait. Après un temps à fixer un jupon comme si elle s'attendait, souriante et tranquille, à voir son aïeul en surgir pour cette explication qui devrait arriver, elle reprit, considérant sa tenue et la présentant d'un mouvement vague dans le même temps : tunique de soie d'un bleu pâle que sa chevelure neigeuse éclaboussait de boucles floues, pantalon de lin noir nuit qui tombait droit et soulignait ses hanches amples sous sa taille étroite, elle arborait un ensemble raffiné assorti à ce manteau qui la couvrait, mais dont l'allure semblait presque inconvenante au milieu des anachronismes des lieux.

    « J'apprécie assez peu le vert, je porte assez mal les ocres, pour le reste, je me fie à votre jugement. »

Elle revint vers lui, avançant encore d'un pas, puis d'un autre pensif, sans le regarder de nouveau pour l'instant, les iris scrutant les mannequins mieux vêtus que les papes de maintenant. Elle ne laissa plus que deux pas entre deux, assez pour que l'air se teinte légèrement du parfum qu'elle avait rafraîchi, et qui l'accompagnait depuis qu'elle avait eu assez d'aisance pour sentir autre chose que le savon noir. Elle ne précisa pas les banalités communes qui lui venaient à l'esprit, à savoir qu'il était curieux de croiser ainsi un compatriote, bien que la chose fut plus agréable qu'elle ne l'aurait soupçonné, ni de lui réclamer de la guider là où il désirerait prendre ses mesures – il le ferait de lui même, et elle préférait abandonner à l'artiste l'initiative et sa façon propre de se mettre en scène. Un sourire pâle s'ancrait sur ses lèvres, aisance que ses yeux insondables, pour une fois, reflétaient à peu près, donnant une expression moins bifide que de coutume à sa physionomie. Mais pour trouver la chose singulière, il fallait bien la connaître ; le seul qui aurait pu s'en targuer sans faillir s'était donné la mort il y a quelques semaines.


Dernière édition par Dragomira Volochine le Mar 5 Mar 2013 - 20:05, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Lun 4 Mar 2013 - 13:45

Vladimir NojnitsovPorté par les sonorités roulantes et délicieuses de ma langue, je me laissais aller quelques instants à une rêverie impromptue. Je me trouvais sur un champ de bataille, aux côtés de Nicolas II. En face, les tirs de mortiers allemands balayaient une charge certes méthodique et massive, mais douloureusement vulnérable. L'empereur de toutes les Russies s'avança alors vers moi, me prit la main, et m'amena au-delà de l'horizon. S'y trouvaient des cavaliers, en formations innombrables. Mon Dieu, nous allions gagner! Mais non, cela n'était qu'une vague rêverie, et je le réalisais très vite. Le souvenir de mes meurtres impies, qui m'avait quitté pour quelques instants, revînt me tourmenter. La jeune fille, belle et fragile, mystérieuse dans sa simplicité, me regardait encore. Puis, elle me répondit, pesant chacun de ses mots avec soin.

"Je vais regarder encore, mais je suis certaine de vouloir une de vos oeuvre."

Cela me fit chaud au coeur, que l'on puisse considérer le fruit de mon travail comme on considèrerait un tableau ou une sculpture. À mes yeux, ces vêtements avaient bien entendu beaucoup plus de valeur que n'importe quelle pseudo-oeuvre d'art. Ma visiteuse observait un jupon plissé d'une coup assez classique mais tombée dans l'oubli. Il était, comme cela sied à ce type de vêtements, d'une couleur pâle, très effacée, entre le blanc et le beige. Elle semblait perdue dans ses pensées, elle aussi. Décidé à ne pas l'en faire surgir, je m'assis sur mon siège et complétais le tracé manquant d'un patron, à l'aide d'un fin crayon carboné. La pointe de la mine crissa imperceptiblement sur les fibres du feuillet. Je relevais la tête, la jeune fille semblait émerger de ses pensées. Elle détailla sa tenue du regard. Élégante, oui, mais moderne. Habitué à des tenues autrement choquantes que je suis, je ne m'en étais pas même fait la remarque, mais la sensible visiteuse réalisait soudain que sa vêture dépareillait avec l'ensemble des pièces présentées dans ma boutique. Plus qu'autre chose, cela la décida. Elle releva la tête à son tour et s'adressa de nouveau à moi.

"J'apprécie assez peu le vert, je porte assez mal les ocres, pour le reste, je me fie à votre jugement."

C'était là une grande marque de confiance, du moins à mes yeux. Je saisis mon mètre de couturier et entrepris de prendre ses mesures. D'abord, la taille exacte, puis le tour de hanches. Ce fut l'affaire de quelques minutes, tout au plus, qui se déroulèrent dans un parfait silence. Enfin, je contemplais mes travaux du coin de l'oeil, cherchant à déterminer lequel d'entre eux siérait le mieux à la demoiselle. Rapidement, je trouvais la tenue qui mettrait le mieux en valeur sa gracieuse mais froide beauté. Une robe à tournure blanche ornée à la taille d'une fleur de dentelle. Elle était complétée par un chapeau de couleur similaire, auquel un court voile était suspendu. C'était là une tenue digne d'une princesse française du grand siècle, assurément. La tsarine elle-même ne l'aurait pas dédaignée! Mais, Dieu m'ait en pitié, je n'ai jamais eu l'occasion de réaliser quoi que ce soit pour la tsarine, pas plus que feu mon père... hélas! Désignant la tenue sur laquelle mon choix s'était porté, je l'invitais à la contempler en détail.

"À mes yeux, madame, aucune robe ne vous mettrait tant en valeur que celle-ci. Dieu m'en est témoin, on pourrait dire qu'elle faut conçue pour vous! Si vous le voulez bien, je vais vous montrer la manière dont elle se porte. Vous me direz alors si, au premier abord, elle vous convient."
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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Mar 5 Mar 2013 - 20:47

Dragomira VolochineIl n'avait pas paru flatté lorsqu'elle lui avait lâché tout de go qu'elle ne partirait pas sans emporter avec elle l'une des robes de sa confection, pas plus qu'il n'avait affiché l'air satisfait du commerçant ayant trouvé cliente à qui offrir quelques courbettes et une surfacturation. Non, il y avait eu dans son visage surgi d'une époque lointaine, qui s'accordait parfaitement avec sa boutique et l'image que Dragomira se faisait des hommes qui avaient méprisé le plus sa famille, quelque chose de plus chaud, de plus profond et de plus difficilement déchiffrable, qui ne devait pas être une simple satisfaction de plaire – pour la jeune femme, ce sentiment ne pouvait être que féminin. Dans son monde, les dames courtisaient, les hommes défiaient, ceux qui inversaient les rôles manquaient de goût. Ce qui, à ses yeux, était plus méprisable et de loin que d'avoir les mains salies par la douleur d'autrui. Le tailleur abandonna son dessin – elle crut y voir des formes lui rappelant une reproduction d'esquisse de De Vinci ; au second regard, ce n'était qu'un patron de couture. Après tout ! Aéronefs et femmes avaient tous deux besoins de voiles. Son mètre de couture en mains, il prit ses mesures dans un silence de cathédrale, seulement froissé par le murmure des tissus et du cordon qu'il maniait. Pour libérer ses bras, elle plia à peu près son manteau, pour le lancer sur un fauteuil au hasard ; son sac, lui, trouva ses pieds et resta là, tandis qu'elle se tournait quand il le fallait et levait les bras sur une simple impulsion de l'artiste.

Il s'éloigna ensuite, elle ne remua guère, le suivant du regard quelques secondes avant de intéresser à une robe dont le corsage semblait taillé dans une passementerie épaisse, qui aurait pu sembler grossière si ses plis n'avaient pas été si délicats, si son motif n'avait pas été si respecté dans la taille et le gainage. La coupe, qui transformait un buste en corolle de lys, ne lui irait guère : trop fine de taille et trop ample de poitrine, elle aurait l'air vulgaire ou étouffée. Il lui fallait un atour moins droit et plus sage, ou alors bien plus osé. Le peintre à l'aiguille revint vite, la tirant une nouvelle fois de ses songes brodés, et elle porta les yeux sur ce qu'il lui apportait avec un sourire déjà bienveillant, ainsi qu'une sincère curiosité. L'âme humaine était ainsi tournée qu'il était toujours ravissant d'être regardé et de voir les contours de son reflet dans les yeux d'un autre ; ici, en laissant un choix presque libre au commerçant, elle avait grappillé le menu plaisir de se voir présenter une illustration de la première impression qu'elle lui avait fait. Elle ne fut pas réellement surprise, quoiqu'un peu amusée – davantage par cynisme que par candeur – mais elle hocha la tête, sans trop s'en rendre compte, apportant son agrément à ce miroir de tissu qu'on lui tendant : c'était blanc mais juvénile, gainé mais flouté de dentelles, froid mais fleuri, riche mais sage ; en somme, c'était une féminité indécise, ambiguë et élégante. Ça lui plaisait. D'un geste plus animé que les précédents, elle tira de son sac une épingle noire, pointue et longue qu'elle glissa entre ses lèvres, avant de remonter sa chevelure indomptable et de l'en piquer prestement, dans un chignon éphémère qui soulignait la blancheur et l'élan de son cou de cygne – aisé à flatter, facile à briser. Elle souffla.

    « Elle est parfaite ainsi. Voyons ce qu'elle donne sur moi. »

Elle ne voulait pas tant qu'on lui explique – bien qu'elle en aurait besoin, tant le jupon lui paraissait impossible à désolidariser du cintre sans le déchirer et le recoudre à même sa peau – mais elle voulait se voir, elle, dans cette tenue de flocon délicat et intouchable. Elle passa fugacement index et majeur sur son front, chassant l'ombre d'une migraine alcoolique qui pointait. Elle ne cherchait pas du regard l'endroit où elle pourrait se dévêtir, n'ayant d'yeux que pour la robe et ses mystères de confection. Nul doute qu'elle obéirait à ses indications au doigt et à l’œil, fascinée qu'elle était comme une enfant par la flûte du mauvais héros de son conte favori – celui qui charmait rats et bambins pour les noyer au nom de ses humeurs.  Son fils n'avait jamais aimé cette histoire. Ca l'avait toujours surpris.
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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Lun 25 Mar 2013 - 23:13

Vladimir Nojnitsov"Elle est parfaite ainsi." affirme la jeune femme "Voyons ce qu'elle donne sur moi."

C'est un invitation à l'essayage et le plus beau des compliments. En un rien de temps j'ai déniché un vêtement pour elle, et il lui plaît. Comme l'exige la gravité de l'instant, je ne laisse ni sourire ni trace de chaleur humaine franchir le pas de mon visage pour exhiber aux yeux de ma visiteuse la joie dont elle a inondé mon âme. J'ai appris que bon nombre de mes homologues occidentaux emploient des femmes pour conserver intacte la pudeur de leurs clientes. Quelle idée grotesque! Ce sont là des précautions bien inutiles, des tracas gratuits. Jamais on ne me prendra à porter la main à la bourse pour rémunérer une employée dont le seul rôle est d'ôter les vêtements de mes clientes, ça serait jeter de l'argent par les fenêtres, le dilapider en futilités, Dieu m'en soit témoin… D'ailleurs, la couture était réservée aux hommes depuis des lustres déjà, les femmes n'avaient rien à faire dans ce milieu. Elle — la fillette — tira de son sac une longue aiguille, au moyen de laquelle elle ramassa ses cheveux en un chignon mouvant et bombé. L'initiative était louable, mais l'aiguille risquait d'abîmer la robe. Je tirais d'un meuble un filet à chignon et, saisissant délicatement les cheveux de la visiteuse, remplaçais la sobre épingle par la robuste maille. Je lui fais ensuite écarter les bras en croix, comme un Christ sur une croix aérienne, un Christ féminin, dépourvu évidemment de toute sa dimension religieuse. La laissant dans cette position, je saisis la robe, la pose doucement sur ma table de couture, défais lentement la robe de la jeune femme, accompagnant ce geste d'excuses qui paraissaient nécessaires aux occidentales.

"Je vous prie de me pardonner ce manquement impardonnable aux lois de la pudeur et de la bienséance, mais cela est malheureusement nécessaire lors de l'essai d'une robe. Beaucoup de mes confrères emploient à cette tâches des aides féminins, mais moi je suis trop pauvre pour cela, Dieu l'a voulu ainsi, pas assez réputé par le monde…"

Tout en parlant, je déposais cette robe-ci sur la table de couture, et repris en main mon œuvre. Je la déposais sur les frêles épaules de la jeune femme, je ne pus m'empêcher de remarquer la pâleur de son teint. Une pâleur naturelle, ni maladive ni de mauvais augure, qui en un temps serait passée pour une marque de beauté, un extraordinaire cachet aristocratique. Je déposais la robe, donc, puis saisis une grosse aiguille: cet ajustement n'était que préliminaire, ne servait qu'à l'orienter dans sa décision finale, à la guider dans son choix. Les boucles je je réalisais grossièrement soutenaient à peine le poids des plissages, mais cela importait peu. Je lui fis signe de relâcher ses bras, et me rendis dans la pièce voisine pour prendre le long miroir plein pied qui était abrité sous une bâche de toile poussiéreuse. Le miroir-même avait été préservé de la saleté, aussi ne pris-je pas même la peine de l'épousseter, traversais de nouveau l'étroit couloir, posais la glace devant ma cliente.

"L'ensemble vous convient-il? Vous souhaitez sans doute que je procède à des ajustements?"

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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Mar 2 Avr 2013 - 16:55

Dragomira VolochineLe chignon retomba à demi sitôt fait. Le couturier avait préféré troquer contre la pointe qui lui servait principalement à rester propre en quelques humiliantes occasions – allez régurgiter votre trop plein d'alcool sans souiller pareille chevelure – contre un filet, ce que la Russe laissa faire, songeant un instant à toutes les mèches diverses que la maille avait supportées. Elle ne grimaça pas, s'imaginant volontiers le bonhomme austère chasser une pouilleuse de son établissement plutôt que de lui permettre de passer ses créations ; lorsqu'il lui fit prendre une pose digne d'un tableau religieux, elle ne lutta pas davantage, mais soupira un rire alors qu'il semblait vouloir s'excuser de la dévêtir.

    « Une femme a moins de secrets envers son tailleur que son confesseur. Ne vous inquiétez pas. »

Dragomira avait la pudeur d'un reptile, c'est à dire aucune envers le corps, ou très peu, gardant par contre jalousement ses mystères et ses pensées, quand bien même ils étaient futiles, quand bien même ils étaient éventés. C'était bien là où se tenait la majorité de sa dignité de femme scandaleuse. Le tailleur défit sa tunique, elle se détacha de sa posture de crucifiée seulement pour aider à défaire sa ceinture et laisser choir son pantalon de lin. Ses sous-vêtements étaient de ces petites choses en dentelle souple, plus légères que des plumes et plus déshabillées que la nudité même, d'un rose pâle faussement juvénile et vraiment tortueux. Des petits nœuds espiègles, d'un jaune tendre, feignait de rattacher l'ensemble à un quelque chose de petite fille dans un mensonge odieux ; heureusement, la robe la recouvrit rapidement. On pouvait distinguer durant ce temps qu'elle n'avait aucune marque, pas de tatouage, pas de cicatrices, ni de coups ni d'opérations, on aurait pu croire qu'elle était née dans du coton pour grandir sous verre.

Elle était revêtue, finalement, et rabattit les bras avec une lenteur de danseuse, après que le créateur à l'aiguille ait serré sans trop d'appui la robe en son dos. Il s’éclipsa dans un revers de couloir, elle fit quelques pas. La robe était très lourde, pesait sur ses hanches, retenait ses jambes et la contraignait à des mouvements de faible amplitude. Elle qui portait principalement des vêtements si fins qu'elle les oubliait rapidement trouvait la sensation singulière – aidée en ça par sa semi ivresse encore présente, embrumant toujours faiblement corps et esprit. Elle souriait à ses propres mouvements quand il revint, était occupée à jouer avec sa chevelure pour se trouver une coiffure, à la vue du miroir elle relâcha tout sans brusquerie, faisant cavaler ses mèches éparses sur ses épaules. Elle approcha de son reflet, et son œil flou devint aussitôt très critique, forgé qu'il était par des années à se contempler, se jauger, se faire et se défaire une image impeccable avec une grande sévérité. Elle hocha la tête aux propos du tailleur, répondant du geste aux deux questions à la fois, et s'inspecta encore de longues secondes, devenant quelques minutes, avant de tourner sur elle-même et de glisser d'un ton moins pâle.

    « Un peu plus d'aisance aux hanches, un peu moins à la taille. Elle adressa une œillade brève à l'artisan. A vous de me dire si la chose ne va pas dénaturer l'harmonie de la robe... Elle rabaissa les cils sur le miroir. Au niveau de la poitrine, c'est parfait, la longueur des jambes est très bien. Peut-être juste un peu plus d'amplitude au bout des manches, je n'aime pas avoir les poignets trop serrés. »

Pas par des vêtements, en tous cas. Du cuir ou un homme, certes oui, mais là n'était pas le sujet. Elle fit un tour sur elle-même, observant son allure de dos, puis de profil, puis de face encore. Elle montrait vraiment là tout son attachement aux détails, et semblait déterminée à vérifier chaque pli et chaque couture. Son visage, concentré, ne laissait filtrer que par gouttes son agrément. Au fond d'elle-même, elle était assez enchantée de son allure. Un vrai petit ange.

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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Jeu 25 Avr 2013 - 22:02

Vladimir Nojnitsov"Une femme a moins de secrets envers son tailleur que son confesseur. Ne vous inquiétez pas."

Quelques années auparavant, j'aurais été ulcéré par une remise en question de l'utilité du prêtre-confesseur aussi évidente, mais après quelques années passées dans la ville de tous les vices et de toutes les débauches, il en faut désormais plus pour mettre à bas mon impassibilité coutumière. Coutumière, couturière. Corrélation improbable établie entre ces deux mots. Encore récemment, j'étais passé devant l'un de ces établissements de débauche, le Quality Street, et je n'ai pas manqué de remarquer la foule qui s'y pressait… À croire que mes propres débordements ne sont que poussière à côté des leurs, débauchés infâmes et conscients de leur vilenie. Galway. "Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre." Dieu nous pardonne! J'affectais donc un léger demi sourire de circonstances et la saluais sobrement du chef.

Elle semblait bien peu prude, la jeune femme, et se dévêtit sans hâte, avec les gestes assurés qu'assure l'habitude. Mais je n'osais le croire. Regardez ce corps si blanc, incontestablement un corps innocent, pourrait-il en être autrement? Et puis, je m'étais repris, ce n'est certainement pas à moi de juger de l'innocence de mes clients et des gens en général. Moi et mes bains de sang nocturnes — Dieu me pardonne. Moi qui ai abandonné mon fils avant même qu'il naisse. Moi qui suis de naissance un serviteur du démon. Ah! Peu importe. Je devais me remettre au travail car jamais le rêve ne réalisa la tâche du rêveur. La jeune femme se regarda dans la glace. Elle tourna, se retourna, tournoya. Elle souleva les bras, soupesa l'armature de la robe. Puis, d'un ton plus enjoué, elle me débita une série de retouches à effectuer. C'était un plaisir de travailler avec de tels clientes.

"Un peu plus d'aisance aux hanches, un peu moins à la taille. A vous de me dire si la chose ne va pas dénaturer l'harmonie de la robe... Au niveau de la poitrine, c'est parfait, la longueur des jambes est très bien. Peut-être juste un peu plus d'amplitude au bout des manches, je n'aime pas avoir les poignets trop serrés."

J'observais les coutures préliminaires, visualisais les mouvements à effectuer et saisis un coffret de couture en bois de santal. J'en sortit une paire de ciseaux de couture et débarrassais les manches des larges boucles qui enserreraient les menus poignets de la dame. Je me contentais par ailleurs d'étirer les coutures passées à la hanche et de resserrer celles situées au niveau de la taille. Effectivement, ainsi ajustée, la robe s'ajustait presque parfaitement aux courbe harmonieuses de la cliente. J'étais particulièrement fier de mon travail, certes court mais néanmoins efficace. Je serrais les coutures au moyen d'une aiguille à large chas. J'invitais ensuite du regard la dame à se contempler de nouveau dans le miroir.

"Madame, si le moindre détail vous déplaît, aussi infime fût-il, signalez-le sans tarder. Je m'empresserai alors d'accéder à vos désirs. Je peux également ajouter à la robe un certain nombre d'accessoires qui la rendraient élégante au possible. Des boutons de nacre asiatique, des perles de corail philippines, des filins d'argent d'Europe… Rien n'est trop beau pour mes clients, Dieu le sait!"
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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Dim 5 Mai 2013 - 8:42

Dragomira VolochineLes bras de nouveau levés, mais là davantage en porteuse d'offrandes qu'en crucifiée – paumes vers le ciel, bras plus souples et moins tendus – elle observa la transformation se faire, sans frémir à l'aiguille, sans bouder les mouvements nécessaires. Elle était faite de cire tiède, attentive et d'une docilité pouvant paraître molle à qui n'avait pas une œillade pour le regard sévère qu'elle adressait au reflet du couturier, au sien propre et à celui du travail. La souplesse apportée à sa respiration ne fut pas savourée immédiatement, mais au compte goutte, déjà par caractère, ensuite pour favoriser le labeur du faiseur et ne pas forcer sur des retouches en cours d'élaboration.

Les poignets roulèrent, les épaules jouèrent, la taille se cambra et le souffle reprit avec aisance : elle était parfaite. Débarrassant ses épaules de ses éternelles boucles, farouches à tout lien et opposées à toute tenue, elle ses roula sur un doigt, les noua sèchement pour leur donner une apparence éphémère de chignon le temps qu'elle se regarde ; son ouvrage tint une douzaine de secondes avant se s'effondrer avec une paresse de chantilly coulant devant un soleil estival. Elle arbora un vague sourire, très gourmand, inclina la tête aux propos du tailleur, sans répondre pour l'instant. Elle lissa la dentelle de ses poignets, se tourna pour observer le tombé de la robe sur ses talons, roula l'échine pour mieux observer les coutures dans son dos, revint de face pour tâter l'encolure et se figurer descendre des marches, avancer vers quelqu'un – elle recula de deux pas pour s'observer faire – bref, elle n'épargnait rien à l'ouvrage, pas même le plus petit détail, dans une très longue scrutation qui aurait été à même de rendre nerveux bien des artisans – Dragomira ne s'en souciait pas. Non pas qu'elle était cruelle, pour le coup, ce n'était pas ça : elle était toute à ses pensées et le monde qui l'entourait n'existait plus, le temps qu'elle achève ses explorations.

Pour finir elle cilla, semblant entendre son compatriote à rebours et, lui réservant un sourire mignard, entre l'enfant nubile et la veuve reprenant espoir, elle lança.

    « Elle est parfaite ainsi. Je la préfère crue – dans sa blancheur. Je ne voudrais pas trop la charger, ça pourrait en gâcher l'effet, mais vous connaissez mieux votre boutique que moi, concéda-t-elle avec un sourire humble et juvénile, alors s'il vous vient à l'esprit quelque chose de particulier... »

Elle s'interrompit quelques secondes, durant lesquelles son regard voguait sur le miroir avec acuité, comme si elle guettait un défaut qui aurait fuit ses premières observations et qui, sans méfiance, se montrerait. Relâchant finalement les épaules, reprenant une posture plus détendue, plus naturelle, qui laissait penser qu'elle avait toujours vécu vêtue ainsi – rien n'était plus faux – elle posa ses yeux aussi flous que perçants sur ceux du couturier, et glissa avec un délice savouré par avance.

    « Pourriez-vous tailler quelque chose rien que pour moi ? Un petit silence s'ensuivit, qu'elle brisa avec délicatesse, d'un petit souffle qui, malgré son timbre, n'était pas timide : il tenait de la confession, mais certes pas de l'aveu. Il y a longtemps que je rêve d'une robe rouge. Quelque chose de très suave, mais de très sanglant. Un peu... Organique, mais digne, vous voyez ? Je n'ai jamais trouvé que des choses vulgaires dans cette couleur. Pensez-vous pouvoir réussir ? »

Elle fit dos au faiseur juste après, commençant à défaire les manches de ses atours virginaux, glissant, les yeux bas et le ton moins présent.

    « Pour celle-ci, je la prends. »
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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Lun 20 Mai 2013 - 14:52

Vladimir NojnitsovIncontestablement, la robe s'accordait à merveille au teint de ma jeune cliente. Il serait fort agréable de travailler avec de tels modèles, dont la pâleur de peau naturelle n'est pas sans me rappeler celle des nobles de ma jeunesse, qui en été vivaient à Pétrograd, au nord, et en hiver dans le sud de la France, parfois en Italie ou encore en Crimée pour préserver ce teint si doux et si élégant. Aristocratique. ainsi accoutrée, je n'aurai pas été surpris de la voir descendre d'une calèche sombre aux essieux couverts de fourrure.

La demoiselle relâcha ses bras, quitta sa posture figée et se mit à contempler son reflet dans la glace avec attention. Ayant ôté son filet, ses cheveux étaient retombés sur le tissu en boucles désordonnées et cascadantes. Elle les ramena au-dessus de sa tête, les noua, mais ils retombèrent après quelques secondes d'instabilité hésitante. Elle sourit, amusée, dévoilant une rangée de dents blanches parfaitement alignées. Redevenant sérieuse presque aussitôt, elle reprit son examen minutieux. Elle passait sous le crible de son regard chaque parcelle, si infime soit-elle, de mon travail, en conservant en silence figé. Il me semblait que pas un bouton, pas un noeud, pas une couture enfin n'avait échappé à ses yeux bleus limpides.

"Elle est parfaite ainsi. Je la préfère crue – dans sa blancheur. Je ne voudrais pas trop la charger, ça pourrait en gâcher l'effet, mais vous connaissez mieux votre boutique que moi, alors s'il vous vient à l'esprit quelque chose de particulier…"

"Il faut savoir qu'il était généralement caractéristique des femmes de la noblesse ou la grande bourgeoisie qui portaient ce type de vêtements au dix-neuvième siècle de surcharger d'accessoires leur tenue. Évidemment, dans une optique d'actualisation d'une telle mode, je ne peux qu'approuver le choix de la sobriété, qui rehausse le travail de couture et votre propre beauté. Permettez-moi cependant de vous suggérer ce sac à main d'une couleur très similaire ; c'est après tout un accessoire dont on ne peut se passer qu'avec difficulté."


Avec le plus grand naturel, elle mouvait son corps devant le miroir antique comme si ce type de vêtements lui était familier. Elle réalisa quelques rotations supplémentaires, traquant le moindre défaut, la moindre imperfection ou le moindre détail qui ne lui conviendrait pas avec une assiduité redoublée.

"Pourriez-vous tailler quelque chose rien que pour moi ? Il y a longtemps que je rêve d'une robe rouge. Quelque chose de très suave, mais de très sanglant. Un peu... Organique, mais digne, vous voyez ? Je n'ai jamais trouvé que des choses vulgaires dans cette couleur. Pensez-vous pouvoir réussir ?"

"Je peux bien évidemment réaliser sur commande ce que vous souhaitez, quitte à y ajouter une touche de modernité… Cependant, je saisis mal l'idée que vous souhaitez transmettre en employant cet adjectif d'organique? Quelque chose de très souple? Très fin, proche du corps?"


Mon esprit travaillait à plein régime. Une telle commande ne m'avait pas été adressée depuis des années maintenant, c'était si rare, les clients capables d'aller au-delà de ce que je présentais… J'imaginais déjà un rouge très sombre, qui ferait violemment ressortir le teint de la dame. Ou peut être très pâle, au contraire? Non, cela prendrait un aspect de tissu aux couleurs délavées du plus mauvais effet…

"Pour celle-ci, je la prends."

"J'en suis ravi madame. Je vous la ferai apporter à domicile si cela vous convient, car il est ardu de transporter ce type d'articles sans les abîmer…"
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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Dim 26 Mai 2013 - 2:48

Dragomira VolochineTandis qu'elle se scrutait, la réplique du tailleur au sujet de la surcharge gonfla sa poitrine d'un infime soupir qui ne s'entendit pas. Oui, elle avait appris au détour de musées et d'errances dans les livres d'histoire que de nombreuses époques s'étaient entichées davantage de la surcharge que du dépouillement ; celle dont la robe qu'elle portait encore tirait son inspiration ne détrompait pas cette triste constatation. Oh, Dragomira n'était pas la dernière des femmes excessives, mais ses abus étaient différents, plus axés, plus choisis. En quelque sorte, une robe aussi blanche et pure était un excès, si elle avait vu une touche à y ajouter, ç'eut été une rose rouge et fraîche piquée près du ventre, en rappel à la fois distingué et franc du sang virginal – mais ce n'est pas chose dont elle s'ouvrirait devant le manieur d'aiguilles. A sa suggestion quant au sac à main, elle hocha la tête, très légèrement, quoiqu'avec assez d'appui pour être vue et pour désordonner encore un peu cette chevelure qu'elle replaça ensuite avec une lenteur détachée. Il était pragmatique, elle l'était rarement lorsqu'elle était perdue dans ses idées de beauté.

La demande sembla le surprendre – un peu. Il avait quelque chose dans le regard qui reflétait l'éclat à la fois passionné et lointain que la dragonne avait, lorsqu'elle s'égarait au milieu de songeries acérées, et qu'elle comprit de la sorte. Son visage mangé de barbe et ponctué de sévérité l'empêchait d'être clairement lisible, mais Dragomira aurait mis sa main au feu quant au fait d'avoir piqué son intérêt. Elle n'aurait pas cru sa proposition si étrange. Peut-être ses clients ordinaires étaient-ils intimidés par l'allure austère du monsieur, comparé à ses créations, peut-être que l'extraordinaire de ses œuvres présentées soufflait l'imagination du tout venant, qui ne trouvait rien à inventer, peut-être certains pouvaient croire que suggérer serait faire offense à l'artiste. Avec une douceur toute féminine, elle retira la première manche de sa robe, jouant des épaules pour dégager sans violence les liens de son corsage, à la manière d'une danseuse – ou d'un serpent. Mais les deux avaient ces ondulations délicates et ce reflet suave de la lumière sur la peau ou les écailles. Elle songeait plus profondément à ses propres envies, afin de ciseler sa réplique au couturier pour bien lui transmettre l'idée de son envie, et préféra répondre d'abord à sa question la plus simple.

    « C'est même bienvenu. Je loge dans un hôtel encore pour l'instant, je ne pense pas en bouger de la semaine, j'imagine que ce temps vous suffira pour fixer les petites retouches ? »

Enfin, elle fut à nouveau presque nue, sans en montrer la moindre gêne, couvant même l'artisan d'un regard aimable souligné d'un sourire brumeux, tandis qu'elle lui rendait son précieux ouvrage blanc, avant de le dépasser pour reprendre ses propres effets. Se revêtir d'un pantalon qu'elle ne sentait pas peser sur ses hanches lui sembla curieusement étrange, sur l'instant. Elle oublia presque tout de cette pensée une fois écoulées quelques secondes. Elle reprit, alors qu'elle passait sa tunique.

    « Pour organique... Non, je ne pensais pas forcément à quelque chose de fin. Tout le contraire, à vrai dire. »

Elle posa l'ongle de son pouce sous sa lèvre, ainsi que le regard sur le tailleur. Ses yeux semblaient passer au travers de lui pour contempler l'horizon.

    « Mon grand-père m'a fait prénommer Dragomira, confia-t-elle en laissant quelques secondes filer, dans l'idée de donner son poids à la signification particulière de son prénom. Mais mon oncle préférait m'appeler Dragonne. Elle sourit avec acuité, sans permettre au surnom de se développer dans le temps cette fois-ci. J'ai toujours eu l'idée d'une robe, comment dire – d'un habit d'écailles, mais quelque chose de féminin. Je l'ai toujours vu ainsi, un drapé souple, avec quelques angles, mais coulant. Et rouge, évidemment. »

Son rire, faible, suave et, pour tout dire, presque angélique, cassa la lourdeur de sa phrase.

    « Je le reconnais, c'est un peu nébuleux, je n'en ai aucune idée précise moi-même. Mais si vous étiez inspiré, je seras vraiment curieuse de voir ce que vous pourriez faire pour moi. »

Elle glissa son collier à l'intérieur de son corsage en même temps qu'elle en extirpait les mèches de cheveux. Le contact froid du verre de son pendentif contre sa peau lui tira le frisson qu'il lui donnait toujours, elle en rajusta le fermoir. Évidemment, il aurait été plus simple d'opter pour une couleur plus sombre, plus grise, afin de se glisser dans du mercure, mais tout cela était trop franc pour elle, au contraire de quelque chose de plus charnu, d'écorché, qui serait paradoxalement une belle couverture. Vraiment, elle aimait cette idée.
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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Lun 1 Juil 2013 - 21:53

Vladimir NojnitsovElle ne semblait pas enthousiasmée par l'idée de surcharger un costume. Au vu de la sobriété de la robe qu'elle portait en entrant dans l'échoppe, cela semblait effectivement aller à l'encontre de ses goûts. À mes yeux, rien n'est plus élégant qu'une femme au teint pâle et au port altier couronnée d'un chapeau garni, auréolée d'une ombrelle aux vagues allures asiatiques, ceinte également d'une robe agrémentée d'une tournure (un "faux-cul" disent les français, fidèles à leur réputation de grossièreté) et d'un sac à main de cuir. Un léger voile de gaze devant le visage pour compléter l'ensemble… Cela me remémore la promenade sous les arcades de Varsovie. Un délice visuel, Dieu m'en est témoin. Et olfactif! Quels parfums délicieux emplissent l'air aux heures de fréquentation intense! Issus des ateliers les plus réputés de la ville, parfois même importés d'Europe d'l'Ouest… de Paris. Tout en méditant sur ce surprenant revirement de la perception de l'élégance, je me dirigeais vers un étal, où je saisis un superbe sac, flanelle blanche et cuir, l'ensemble assorti d'attaches en argent véritable. Il s'assortissait à merveille avec la robe mais je questionnais tout de même ma cliente.

"C'est même bienvenu. Je loge dans un hôtel encore pour l'instant, je ne pense pas en bouger de la semaine, j'imagine que ce temps vous suffira pour fixer les petites retouches ?"


"J'espère que ce type de sac vous convient mais dans le cas contraire n'hésitez pas bien entendu à m'en faire la remarque. Et oui, une semaine me suffira emballement pour retoucher la robe, elle devrait même être prête d'ici deux jours."


Quant à sa demande, c'était l'une de ces commandes qui comblent le couturier, celles que chacun d'entre nous rêve (ou du moins rêvait à mon époque) de recevoir. Quelque chose d'exceptionnel, d'inhabituel, voir d'inédit. Il me faudrait jouer sur les textures, les teintes et les formes à la fois, sortir du siècle dans lequel je me cloître depuis trop longtemps. J'aurai pu refuser cette commande au nom de l'esthétique qui me caractérise mais ça m'aurait hanté, c'est le genre de commande que comme j'ai dit plus haut le Seigneur ne nous envoie qu'une fois. Je pensais à une base de lin rigide de fins motifs en un matériau synthétique, il n'était pas possible dans tous les cas de réaliser la commande en n'employant que des moyens traditionnels. Je pense contacter un collègue anglais spécialisé dans ce genre de textures et avec lequel j'avais sympathisé (totalement par hasard, dans un pub londonien). Il me fournirait la matière première sans trop de problèmes, quand à moi j'ajusterai le tout.

"Pour organique... Non, je ne pensais pas forcément à quelque chose de fin. Tout le contraire, à vrai dire. Mon grand-père m'a fait prénommer Dragomira. Mais mon oncle préférait m'appeler Dragonne. J'ai toujours eu l'idée d'une robe, comment dire – d'un habit d'écailles, mais quelque chose de féminin. Je l'ai toujours vu ainsi, un drapé souple, avec quelques angles, mais coulant. Et rouge, évidemment."

Oui, le rouge s'imposait, un rouge riche et sanglant. Une robe plissée pour la forme, mais coulante à la taille, réalisée sur mesure elle n'aurait aucune peine à épouser les contours du corps de la femme. L'idée était fascinante mais une question me taraudait toutefois.

"Cette robe si je puis me permettre risque de se révéler très lourde visuellement, très chargée. Cela ne risquerait-il pas de vous déplaire, puisque vous êtes plutôt orientée vers une élégante sobriété?"

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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Lun 8 Juil 2013 - 21:51

Dragomira VolochineElle mit la dernière touche à sa tenue et se scruta à la dérobée, dans la psyché que le couturier lui avait présentée plus tôt. Elle se trouvait pâle, un rien masculine en comparaison de l'allure si typiquement féminine de la robe qu'elle avait passée – de ce genre de vêtements qui ne ferait pas étrange sur un homme ou une femme peu formée, mais bel et bien ridicule. Ces robes choisissaient qui les portaient, la tunique et le pantalon qu'elle avait affectionnés ce matin ne choisissaient personnes, et passaient un peu partout. Sur le coup, Dragomira se mit à les détester, non pas pour leur simplicité, mais pour leur trop grande délicatesse. La prochaine fois, il faudrait qu'elle ajoute quelque chose d'acéré – un bijou agressif, une ceinture de cuir, un corsage presque vulgaire.

Elle détourna les yeux de son reflet quand le couturier revint et glissa un sourire au sac présenté, qui lui parut un peu lourd, un peu chargé, là où elle aurait volontiers vu une reprise du tissu de l’œuvre qu'elle avait revêtue dans une pochette toute simple, à la fois moderne et discrète, mais la lourde besace argentée ferait l'affaire – et elle pourrait apporter un décalage charmant à d'autres ensembles éclatants de sobriété, quoique d'une manière moins directe et plus... Sucrée, oui, que ce qu'elle avait imaginé quelques secondes auparavant. Elle hocha la tête.

    « Il sera très bien. »

Et sourit avec une nouvelle inclinaison de nuque tandis qu'il commentait son temps de retouche. S'en allant vers la caisse, ses doigts légers et absents à la fois cherchaient ses divers biais de règlement ; ne regardant guère à la dépense, elle s'apprêtait à payer sans négocier, prenant le prix pour une note informative qui n'avait d'utilité que pour la renseigner sur le sérieux et l'honnêteté du marchand. Pour autant, ces œuvres avaient une valeur certaine et un travail manifeste, nécessitant une évidente expérience, et le tout ne pouvait être bradé. Elle serait satisfaite de payer cher. Estimant que son geste suffisait à indiquer ses intentions, elle ne le commenta pas et n'interrogea pas son compatriote sur la somme en question, lui laissant tout loisir de l'en informer comme il l'entendrait. Le sourire de la jeune femme s'accentua, prenant une teinte plus pointue et plus suave à la fois alors que le faiseur s'interrogeait sur ses goûts.

    « Oui, c'est assez vrai. Mais pour cette robe... Un petit haussement d'épaule mignard. Je ferai toutes les entorses nécessaires. »

Elle griffonna l'adresse de l'hôtel sur un coin d'enveloppe qu'elle n'avait adressé à personne, et la glissa entre les aiguilles, les tissus et les coffrets qu'il y avait d'entreposés là, dont il avait tiré le filet qui avait retenu un moment ses cheveux. Elle se souvint de l'objet, le chercha, vaguement, dans sa chevelure ou alentours, sans le retrouver. Estimant qu'il avait du le récupérer, la slave referma son sac, acquiesça à ses pensées et souffla d'un ton à la fois infantile et murmuré.

    « Ne suivez pas ce que vous vous imaginez que je veux. Faites selon votre inspiration. Et prévenez-moi quand elle sera visible, vous avez mon numéro. »

Sur un dernier sourire, ainsi qu'un regard circulaire, Dragomira inspira l’atmosphère de la boutique et s'éclipsa. Le jour était plus grand au dehors, et maintenant très clair, ce qui lui agressa les pupilles et lui brusqua l'âme. Elle ne traînerait pas dans les rues longuement, bien qu'elle eut été d'humeur à profiter du froid. Finalement, elle rentrerait, se changerait vite une fois dans son chez elle d'emprunt, passant et repassant des vêtements jusqu'à trouver une tenue qui lui convienne, quitte à finir nue ; ensuite elle boirait, sans doute. Quelque chose de russe, avec l'odeur de ce pays dont elle ne se souvenait que par la peau et le nez. Enfin, elle dormirait, et se rappellerait de ce moment dans la boutique qu'en recevant la robe.

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MessageSujet: Re: Couture & Mercerie - V. Иojnitsov   Lun 26 Aoû 2013 - 21:43

Vladimir NojnitsovLa cliente avait alors commencé à fouiller dans son sac, probablement pour m'indiquer qu'elle s'apprêtait à payer. Etant donné que je devais encore établir un devis pour la commande qu'elle venait de passer, je l'arrêtais d'un geste doux et impérieux. Pas de transactions financières dans la boutique. Mon père trouvait cela déplacé, et considérait que cela manquait de distinction. Cela m'était resté. Je l'arrêtai donc d'un geste et lui tins le discours suivant:

"Je ne doute pas que vous me payerez, je préfère que cela se fasse au moment de la livraison, d'autant plus que je pourrai à ce moment vous remettre le devis de votre commande, que j'aurai eu le temps d'établir."

Je ne prenais de toutes façons pas beaucoup de risques, ma cliente était vêtue avec l'élégance de celle qui dépense sans compter. Quand à l'autre robe, il me faudrait bien deux jours entiers pour établir un modèle. C'était une commande complexe et contradictoire, enthousiasmante mais difficilement réalisable, à l'esthétique si inhabituelle qu'elle paraîtrait hors du temps. Du moins, c'est ainsi que je la percevais. Après avoir approuvé le choix du sac à main, ma compatriote se lança dans une réponse à ma question.

"Oui, c'est assez vrai. Mais pour cette robe... Je ferai toutes les entorses nécessaires. Ne suivez pas ce que vous vous imaginez que je veux. Faites selon votre inspiration. Et prévenez-moi quand elle sera visible, vous avez mon numéro."

Elle inscrivit d'une main leste malgré la lourdeur du stylo l'adresse de son hôtel sur un morceau de papier qu'elle plaça sur ma boule à aiguilles. Elle s'assurait ainsi avec raison que je la retrouve.

"Je vous apporterai un schéma préliminaire de votre commande en même temps que la robe blanche. Je pense que l'ensemble sera prêt d'ici quatre jour dans le pire des cas, deux dans le meilleur."

Elle hocha de la tête et prit congé de ma personne, m'adressant un sourire qui me réchauffa le coeur avant de parcourir méticuleusement la boutique du regard, comme pour fixer chaque élément dans sa mémoire, puis de franchir le seuil de la porte d'un pas décidé mais néanmoins gracieux. Une fois n'est pas coutume, je sortis de ma boutique et me dirigeais vers un pub de la rue commerçante pour y déguster un bock de bière fraiche. Après cette escapade que je me devais de souligner au vu de son exceptionnelle rareté, je parcourus quelques pages d'un recueil de nouvelles de Maupassant avant de le fermer de lassitude et d'entamer une séance de prières. C'est d'ailleurs au milieu de cette séance que les sensations me reprirent: j'allais me transformer. Seigneur, sauve et préserve-nous.

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